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Liz et Laure

La vie de stage, ses misères, ses grandeurs, ses beautés, ses apprentissages, ses déceptions, ses longueurs, ses désillusions et ses réussites... Morceaux choisis par deux stagiaires d'été qui savent capter le pire et le meilleur des stages, et qui vous en font cadeau. Vous, stagiaire actuel, stagiaire futur, stagiaire repenti, riez de nous... et riez aussi de vous-mêmes !

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Laure : enfin une innovation technologique sur laquelle...

Par Liz et Laure :: 10/08/2007 à 13:27 :: Général
... vous aller pouvoir faire pipi!

Et oui, vous qui avez toujours rêvé de pisser sur un gadget hightech dernier cri, clearblue vous a entendu. Pour une grossesse toujours plus amusante et imprévue avec son nouveau spot de pub : imaginez un fond noir, sobre, sur lequel s'avance le batonnet bien connu, et la voix off, à la fois grave et tranquilisante qui annonce "enfin une innovation technologique sur laquelle vous aller pouvoir (pause - un jet de liquide jallit du coin supérieur gauche pour venir arroser le batonnet et la voix poursuit sur le même ton quasi sensuel)... faire pipi".

Oui oui messieurs dames, il y a des gens qui étudie dans des cabinets de communication et qui garde le sens de l'autodérision : la vidéo c'est ici

Laure : la mauvaise fée de la lose

Par Liz et Laure :: 08/08/2007 à 22:29 :: Général
Dans le fond, qu'est-ce qui fait une journée de lose intégrale (la journée pas la lose)? Ce n'est pas, contrairement au poncif, qu'on vous annonce que Hammy, le hamster de votre arrière petit neveu, est décédé avant que vous n'ayiez pu poser sur lui (le hamster pas le cousin, qui a dit c'est lourd cet humour?) un regard protecteur et paternel, ni même qu'on vous dise de but en blanc que votre chanteur préféré s'est converti à l'animisme et a par conséquent décidé de cesser tout contact avec le monde de l'art. Pas. du. tout.
En fait la vraie, l'originale journée de lose, telle que définie par la mauvaise fée de la lose est une journée a priori ordinaire, mais ponctuée de milliers de petits détails qui vous pourrissent la vie. Je m'explique.

Ce matin, alors que je me levais comme une fleur à 9h40 du matin (oui je sais c'est mal, mais je l'ai payé cher), je réalise à mon effroi qu'il n'y a pas de jus de fruit. Ni de chose éligible au poste de petit déjeuner. N'écoutant que mon estomac je décide de me payer le caprice d'un petit déjeuner en boulangerie, justement il y en a une en face, ça tombe bien n'est-ce pas?
10h25 je sors, sous des trombes d'eau, pour aller à mon rendez-vous à 11h qui nécessite 10 bonnes minutes de marche et 15 de métro. Bien sûr je suis en pantacourt-sandalettes blanches à talons qui dérapent sur les feuilles. Mais je suis mon instinct, qui me guide vers la boulangerie. Au bout de trois minutes, j'ai de l'eau au genou, chaque feu piéton passe au rouge à mon approche et pourtant tout m'est égal, je veux un petit déj. Arrivée devant la boulangerie, une pensée atroce me saisit : hier on était mardi (jusque là tout va bien), ce qui signifie qu'aujourd'hui est (rien ne va plus) : MERCREDI.

Mercredi, mon coeur vient de tomber de toute ma hauteur. Mercredi comme le jour de mes deux dernières heures de conduite, de 12h à 14h à l'autre bout de la ville par rapport au rendez-vous de 11h. Un espoir fou me saisit : je hèle les premiers passants : on est mercredi? je leur demande, l'air hagard avec mon parapluie, ma tenue d'été et mon bouquet de roses reçues la veille (pas de questions merci, c'est déjà assez compliqué). Ils me fixent et je répète, ON EST MERCREDI??? L'air interdit, il me disent "no french, francese no"... Bien sûr, il a fallu que je tombe sur les touristes qui me renseignent, l'air ravi deux secondes plus tard "yes, wednesday". Je leur ferais bien avaler ce sourire... Mais je me précipite vers la bouche de métro. (vous noterez que le plan petit déjeuner a disparu)

Tout peut encore s'arranger : je vais torcher le premier rendez-vous voire le reporter puis arriver à l'heure à la conduite... ahah, mais je plonge la main dans mon sac, et il y manque non seulement mon agenda, mais surtout le carnet de conduite, celui sur lequel il est écrit : "sans ce carnet, vous ne serez pas autorisé à conduire, il est inutile de tenter de resquiller. Lu et approuvé Laure"... CE carnet qui est absolument toujours dans mon sac, sauf aujourd'hui. Si je vais le chercher j'en ai pour une heure aller, une heure retour... J'essaie d'appeler l'auto école, bien sûr la fille des renseignements mets trois plombes à trouver (elle avait écrit "autoecole" au lieu de "auto école" du coup rien ne sortait-véridique), et ça ne répond pas. J'appelle le rendez-vous de 11H. Répondeur.

Je ne planterai personne, alors je me présente à 11H. Mon rendez-vous est en retard de 10 précieuses minutes parce que "il pleuvait alors je suis rentrée chercher un parapluie"... Bref!

Heureusement je peux conduire pck la fée de la lose devait regarder ailleurs à ce moment là. Mais elle se ressaisit immédiatement et se ligue avec la fée des grands moments de solitude. J'allais retrouver une amie aux halles. Dans le métro je reçois un message : "il pleut du coup je bosse. On se voit une autre fois?". Qu'à cela ne tienne, j'appelle une amie qui habite près de là : "j'ai un autre rdv mais attends je te tiens au courant". Une heure plus tard, la vessie au bord de l'explosion, je reçois un nouveau message d'annulation.

Le reste de cette pathétique journée a consisté à faillir dans la recherche de quelqu'un pour aller au cinéma avec moi. Mais je ne me laisse pas abattre et j'y vais seule. Il faut croire que seuls les couples vont au cinéma voir les Simpsons, juste pour renforcer la solitude de ceux qui y vont seuls. Enfin celle, puisque ce soir tout le monde était en groupe. Au moins, je pense, je n'aurais pas de mal à trouver de place puisqu'en groupe c'est toujours plus chiant (pensée de réconfort "vieille fille attitude"). Que nenni! En fait les couples se sont amassés pile là où je voulais aller les traîtres, ils ne me feront aucun cadeau. Je m'assois près d'un inoffensif garçon qui a l'air aussi seul, comme ça il me foutra la paix... mais sa copine le rejoint aussitôt que je me suis assise et c'est parti pour le nettoyage de glotte bifacé. Derrière moi, c'est le gros relou qui est assis, vous savez, celui qui rit trop et trop fort et vous empêche de rire naturellement parce qu'il est constamment plié en deux...

Je rentre, il est 23h, plus rien ne peut m'arriver pense-je... Naïve. La mauvaise fée m'offre un dernier cadeau alors que je dévie de l'itinéraire habituel pour traverser la voie par le pont 300 mètres après la station au lieu du souterrain : l'escalier d'accès est barré... Ultime rafinement d'une journée que chaque détail s'est évertué à pourrir. Vivement demain.

PS : bien sûr dans tout ça j'ai avalé un cookie pour petit déjeuner, un peu de pizza pour déjeuner... à 16h30 en rentrant, et de la pompote en dîner dans la salle de ciné.

Laure : révisions pour le grand oral d'enjeux politiques ak philo

Par Liz et Laure :: 26/06/2007 à 21:14 :: Général
Impasse. du latin im - passare : aller se faire foutre. L'étymologie très riche de ce mot montre toute la duplicité du concept d'impasse : non seulement le sujet sur lequel on fait une impasse va se faire foutre, mais aussi l'étudiant qui a fait l'impasse et pioche deux sujets concernant ce chapitre dans le chapeau de la vie. Derrière le concept d'impasse, on trouve donc le lien fondamental entre l'objet et le chercheur, le sujet étudié et l'étudiant.

Faut que j'arrête la philo moi...

Laure : le Vésinet, ses vieux, son monoprix, ses pauvres (ah non, oubliez ce dernier élément)

Par Liz et Laure :: 26/06/2007 à 12:54 :: Général
Ce post est long mais sans vantardise, il vaut le détour (d'ailleurs je n'en suis pas l'auteure mais la rapportrice)

Je reviens juste d'une course au monoprix qui n'aurait du être qu'une routine agrémentée par la perspective de mon déjeuner, reposant dans une pose très suggestive au fond de mon panier.
Mais la vieille derrière moi a décidé qu'il en serait autrement, et a voulu me faire profiter de sa sagesse pluri-lustraire, la richesse d'une vie passée à contempler la complexité et la pauvreté de certaines parties de ce monde (non, je plaisante, on est au Vésinet donc on peut tabler sur une vie d'oisiveté à regarder bosser sa bonne tout en maudissant les 35 heures et le coût exorbitant des charges patronales).
Tout commence en douceur, je vais vous refaire le dialogue dans sa plus fidèle entièreté, c'est que du bonheur comme dirait le grand poète de la Grèce antique N. Aliagas : mes commentaires en italique, le vrai dialogue en normal :

"- qu'ils sont sales ces paniers
- ... je me raidis imperceptiblement en sentant l'imminence d'un DMP dialogue mono-proféré
- comme les français. Ils sont sales... elle cherche la figure de style de toute évidence, vu la ride centrale qui se creuse sur son horrible front : au sens propre comme au sens figuré
- ... mon regard oscille entre le dégoût et l'interrogation qui m'habite : qu'a-t-elle voulu dire? Manifestement elle interprète ça comme un regard d'intérêt profond et enchaîne
- je dis : au sens propre comme au sens figuré!
- ... (vous remarquerez que je n'ai pas prononcé un mot, la vieille comprend enfin que son délire hygiéniste ne me bouleverse pas et tente une nouvelle approche qu'on pourrait qualifier de marginale)
- Heureusement votre jean à vous ne traîne pas par terre
- la surprise terrasse mon silence : oui c'est un pantacourt, donc le concept c'est que ça s'arrête sous le genou
- soyons clairs, elle s'en tape : la fille d'une amie me disait l'autre jour : son oncle est biologiste et il a fait analyser le bas des jeans qui traînent par terre voilà en effet une expérience qui justifie toute une vie au service de la biologie et bien vous n'imaginez pas ce qu'on y trouve. Il dit qu'un enfant de 4 ans, de cette taille là elle mime, s'il est assis à côté d'un bas de jean qui a traîné par terre, il peut en crever!! elle s'échauffe et ça met ça dans sa valise, ça mélange le propre et le sale elle tempête que dis-je elle tonitrue sans parler des jeans à trous! elle me fatigue
- ... rassurez vous, le plus incroyable est à venir
-
Quand on sort du Vésinet, on peut voir des pauvres pauvre pauvre de moi et ils ont des trous dans leurs pantalons, et ils aimeraient beaucoup avoir du fil pour les recoudre je l'imagine pourfendant la misère armée de son aiguille et de son fil alors moi je dis à mon neveu "Alexis, qu'est-ce que c'est que ces vêtements", et quand il me répond que c'est la mode, je me dis "pauvre con"
- ... yeux écarquillés, instant de compassion, je visualise Alexis et son affreuse tante
- Elle voit le regard et se ravise
Oui! Tata s'énerve
- j'ai peur pendant un instant que l'écarquillement ne fasse tomber mes globes oculaires mais ils restent miraculeusement en place alors j'en profite
A l'origine le jean tombant a été porté aux Etats Unis pour mimer les prisonniers qui n'ont pas de ceintures sur leur uniforme, par solidarité.
- Humpf ahah!! Tata est calmée??? Et bien non Enfin, ces prisonniers, ils ne sont pas innocents non plus, ils ne sont pas là pour rien, alors il faut arrêter cette charité mal placée? De toutes façons je n'aime pas les Etats-Unis. Ils ont la peine de mort c'est pas bien. Moi je n'aime pas les américains, qu'ils restent chez eux et moi dans mon hexagone je vous jure qu'elle a dit ça je sais ça a l'air faux, on dirait que j'en rajoute mais non!


A ce moment là, j'ai bien sûr renoncé à lancer un débat sur les problèmes du système carcéral, mais je trouve que cette immonde conversation manque encore d'une immonde conclusion, bien sûr le mot de la fin sera pour Tata, qui décidément ne déçoit pas :
"enfin, ils ont quand même de beaux paysages"


Laure : le miel et les abeilles

Par Liz et Laure :: 19/06/2007 à 23:39 :: Général
C'est mardi, et je suis crevée. Le rer est bondé (décidément ma vie est remplie de transports en communs). Je laisse comme d'habitude mon regard vagabonder sur les gens, les observant sans les dévisager. Je repère rapidement un objet de curiosité. C'est un groupe de quatre personnes, trois ont la trentaine, jeunes cadres dynamiques, et l'autre la quarantaine bien tassée, approchant crise de la mèche grisâtre mais pas encore vieux beau à la recherche de son sex appeal dans les cours de récré.
Au milieu des trentenaires, une femme. Elle est bavarde, n'arrête pas de raconter des anecdotes qui semble charmer son auditoire. Son physique n'a rien de particulier mais elle a de l'aisance pour s'exprimer et elle est plutôt jolie que quelconque. Après quelques stations, je comprends que ce n'est pas elle qui est bavarde mais les autres qui sont fascinés. Ils sont là autour d'elle, le quarantenaire marié affiche une distance quasi hiérarchique, et les deux jeunes écoutent la fille en rebondissant de temps à autre. Elle semble meubler la conversation pour échapper à leur regard. Surtout le jeune trentenaire. Il ne la regarde pas comme un collègue qui commente une abrutissante journée de travail à laquelle tout le monde a participé. Il regarde au travers d'elle. Il y a une telle indécence dans son regard que je détourne les yeux pendant un moment. Quoiqu'elle dise, il adopte une attitude qui indique à la fois qu'il sait ce qu'on attend de lui mais aussi que ce peut lui importe ce qu'elle dit, il veut autre chose.
Je divague? peut être. Mais je me suis sentie presque gênée d'assister à cette scène, gênée pour elle. Et l'expression "déshabiller du regard" n'a jamais parue aussi personnifiée qu'à ce moment.

Laure : Les vieux et les transports en commun. 2. Monique

Par Liz et Laure :: 17/05/2007 à 16:17 :: Général
Ligne 86, 19h20. Un avis sur l'arrêt du bus indique à Monique que le trafic sera perturbé aujourd'hui sur la quasi intégralité de la ligne. Elle regarde ses paquets : ça ne pèse rien mais elle a la flemme d'aller au métro. Elle hésite, réfléchit, pense à appeler son petit fils (après tout ce vaurien ne lui a pas filé de coup de fil depuis plus de deux semaines, alors pourquoi devrait-elle se sentir gênée de le déranger pendant ses révisions de partiels pour venir la chercher au bus). Alors qu'elle est plongée dans ses pensées, le 86 arrive. Un ange passe au dessus de la tête d'un certain Nicolas qui n'aura pas à s'extraire péniblement du lit où il révise depuis bientôt trois heures un obscur manuel de droit européen pour aller chercher son acariâtre grand mère qui ne se souvient jamais de son anniversaire de toutes façons.
Elle monte dans le 86 pour constater avec agacement qu'il est bondé... hélas au moment où elle se décide à descendre du bus pour appeler Nicolas, il a déjà démarré. Le frère de l'ange de tout à l'heure passe à nouveau au dessus de Nicolas qui décide d'aller faire un footing avant de passer à l'étude des lobbies.

L'avantage de Monique, c'est qu'elle est détestable mais indécise, alors souvent son entourage échappe de peu à ses caprices parce qu'elle n'a pas le temps de les mettre à exécution.

Puisque le bus est bondé, il va falloir trouver une proie. Elle est très forte à ce jeu, elle le pratique depuis qu'elle a des cheveux gris, même si ses vaillantes jambes lui permettent encore de participer au semi-marathon 3ème âge de son village natal deux fois par an. Qu'à cela ne tienne, Monique tient déjà sa victime. Elle feint de porter un sac lourd et s'approche péniblement d'une jeune fille qui est assise sur le siège surélevé du bus et a l'air épuisée, entourée de sacs volumineux. Monique renforce son souffle à l'approche du siège et en rajoute même dans le pathos en s'appuyant lourdement à côté de la jeune fille, qui ne manque pas de la remarquer. Avec un sourire aimable malgré ses traits tirés, la jeune regarde Monique et lui dit d'un air vaguement las : "vous désirez vous asseoir madame?", ni une ni deux (nyark nyark nyark), Monique se hisse aisément sur le siège, poussant quasiment la jeune fille qui rassemble ses sacs, tout en la gratifiant d'un "oh non, enfin, merci vous êtes bien gentille, c'est que je suis chargée"... Le regard désormais sarcastique de la jeune va des deux malheureux sacs à main de Monique vers ses lourds paquets qui encombrent à présent le couloir et se font piétiner par les autres voyageurs. Mais Monique s'en fout, pour sauver les apparences elle lâche un vague remerciement à la fille et branche son walkman... tout ce bruit... ça l'insupporte. Demain pour rentrer de la gym elle appellera Nicolas.

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