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Liz et Laure

La vie de stage, ses misères, ses grandeurs, ses beautés, ses apprentissages, ses déceptions, ses longueurs, ses désillusions et ses réussites... Morceaux choisis par deux stagiaires d'été qui savent capter le pire et le meilleur des stages, et qui vous en font cadeau. Vous, stagiaire actuel, stagiaire futur, stagiaire repenti, riez de nous... et riez aussi de vous-mêmes !

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Laure au pays de Bouffeland (2) Le Chef

Par Liz et Laure :: 15/09/2006 à 20:33 :: Laure Stage en restauration collective
Il n'y a qu'un Chef au pays de Bouffeland, et il n'est pas concevable qu'il y en ait plus qu'un, à moins que le nombre des Citoyens augmentent démesurément.

Le Chef, en dehors de son nom, est une des créatures les plus à plaindre du royaume. Non seulement il est d'un rang inférieur aux Citoyens, mais en plus il porte sur les épaules la responsabilité de la réussite du royaume tout entier.
C'est donc un personnage complétement stressé, qui souffre d'une schyzophrénie avancée puisqu'il est absolument adorable en dehors du service, et complétement odieux dès que les Citoyens entrent dans la place. Ainsi, alors qu'il prépare des pains au chocolat pour les Esclaves (dernière catégorie sociale) le vendredi matin, il est d'une impitoyable cruauté si jamais il manque nourriture au présentoir des infâmes Citoyens en quête de goinfrage (c'est-à-dire s'ils n'ont que 9 choix au lieu de 10 pour les desserts...)
    Le Chef est maniaque, et il ne fait confiance à personne. Il répète inlassablement tous les matins la recette des poireaux vinaigrette (!!) aux Esclaves, au cas où ils se tromperaient.
    Il a développé une haine sans égal pour les êtres humains en général, et les Citoyens plus particulièrement (surtout ceux qui le tutoient et l'appellent par son prénom en espérant avoir quelques frites de plus).
    Malgré tout, il ne peut pas être blâmé, parce qu'il est fondamentalement gentil et qu'il est une victime de sa situation. Il ne peut pas se résigner à arrêter, mais passe deux heures par jour à clamer à qui veut l'entendre (loin des oreilles Citoyennes) qu'il va tout arrêter pour devenir jongleur ou peut être étudiant simplement. Mais il est peu probable qu'il passe à l'acte, parce que là, il a prévu de s'acheter un écran plasma, et jongleur, ça paye pas très bien surtout au début.
    Et puis de toutes façons, après plus de 20 ans au service des Citoyens à faire des heures sup' non comptées pour un salaire pas trop élevé mais des avantages pas mal, il en a pris son parti, il se réserve seulement le droit de les détester et de les moquer copieusement à l'heure de sa pause déjeuner (10h30 du matin).

Laure au pays de Bouffeland

Par Liz et Laure :: 14/09/2006 à 20:17 :: Laure Stage en restauration collective
Ok, pour l'originalité du nom, on repassera, mais ouvrez grands vos mirettes, car ce que j'ai à révéler est capital pour l'avenir de tout un chacun (enfin... peut être).

Le royaume de Bouffeland est strictement hiérarchisé, et les créatures l'habitant sont réparties en trois rangs sociaux distincts et hermétiques.

Les Citoyens. Les Citoyens sont de loin les plus nombreux et, comme il se doit, les plus improductifs membres de Bouffeland.
     Pourtant, ils compensent cette flagrante inutilité par un statut social plus élevé et un mépris parfois teinté d'intérêt feint pour les autres créatures ("toi mettre les verres propres et les couverts. C'est bien ça!")
Le Citoyen dispose comme tout le monde d'un organe principal qui irrigue le reste du corps et dirige tout acte et pensée : l'estomac. A noter qu'en cas de gavage, les reins ou l'intestinc peuvent remplir ce rôle.
     A leur naissance, les Citoyens font voeu d'incorrection et/ou d'irrationalité. Un Citoyen ne réfléchit jamais avant d'agir, ça gêne la digestion. Par exemple, les Citoyens sont persuadés que la troisième assiette/coupe/coupelle du présentoir est la plus fraiche. Ils prennent donc des risques inconsidérés pour attraper ladite assiette/coupe/coupelle, qui sera immédiatement remplacée par une autre composée exactement des mêmes ingrédients en même quantité...
    Les Citoyens sont généralement grincheux et se satisfont rarement. Ils ont une richesse de vocabulaire quasiment infinie pour exprimer leur mécontentent. Devant 10 desserts différents, le Citoyen est généralement saisi d'une frénétique et irrépressible envie d'un onzième plat qui n'est pas proposé. Bien sûr, si ce plat y est le lendemain, il voudra un plat qui était proposé la veille mais qui à ce moment là n'est plus disponible.

Demain, en exclu, le Chef.

Le restau : un nouveau boulot pour Laure

Par Liz et Laure :: 10/09/2006 à 15:00 :: Laure Stage en restauration collective
Me voilà partie dans de nouvelles aventures, très matinales, puisque mon nouveau job commence à 7h30 du matin...

Me voici désormais plongée dans le monde impitoyable de la restauration self. Ma mission, puisque je l'ai acceptée : préparer les entrées, mettre en rayon et veiller à ce que jamais nourriture ne manque sur l'autel du gavage. Ah oui, j'allais oublier : et nettoyer les vestiges du baffrage quotidien.

Mais au delà du côté culinaire, le plus intéressant est de loin l'observatoire de la nature humaine dont je dispose. Je suis dans une situation quasi laboratorique d'étude, puisque je suis dissimulée à la fois par les présentoirs que je remplis de délicats mets, et par l'aveuglement des humains affamés qui se pressent contre les baies vitrées dans l'espoir d'être l'heureux propriétaire du dernier "activia" de danone parfum vanille ("excusez-moi, vous en avez d'autres des yahourts?").

En effet, après une semaine, je suis arrivée à plusieurs conclusions :
1. La personne qui sert la bouffe n'est qu'un vague fantôme (qui revêt un ridicule chapeau). On ne lui adresse la parole qu'en cas d'extrême nécessité (par exemple quand le/la rustre qui nous précède prend avec une insolente assurance le dernier activia parfum vanille)

2. Question bouffe, ne jamais prendre la réalité comme acquise, comme en témoigne cette bouleversante question qu'on m'a posée jeudi : "c'est de la vanille à l'intérieur des religieuses chocolat?"

3. Passer pour un manchot n'est pas grave quand il s'agit de manger "excusez-moi mademoiselle, il n'y a plus de verre" (il suffit de soulever la plaque vide, puisqu'il y en a toujours une pleine en dessous)

4. Contrairement aux apparences, changer quatre fois d'avis et reposez les plats n'importe où, et surtout pas où on les a pris n'est pas une marque de cuistrerie, mais semble faire partie d'un rituel magico-religieux voué au grand manitou des éclairs au café.

Je poursuis mon investigation, et je publierai régulièrement mes rapports d'enquête ;)

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